Digestat : renforcer la souveraineté alimentaire

Les crises énergétiques et les chocs géopolitiques ont remis en lumière un angle souvent sous-estimé de la souveraineté alimentaire : l’accès aux intrants, et en particulier aux engrais.

Quand le gaz fossile se tend, la fertilisation devient un risque économique. Et quand la chaîne d’approvisionnement se fragilise, c’est la production agricole elle-même qui devient vulnérable.

Face à cette équation, une réponse locale existe déjà : les nutriments recyclés, dont le digestat issu de la méthanisation. Cet article explique pourquoi ce coproduit peut contribuer à une agriculture plus résiliente, et quelles conditions accélèrent son passage à l’échelle

Le contexte : des engrais sous tension économique et climatique

Entre septembre 2021 et septembre 2022, les prix des engrais azotés ont augmenté de 149 % dans l’Union européenne. Cette volatilité pèse directement sur la compétitivité des exploitations, car la fabrication des engrais minéraux est fortement dépendante de l’énergie.

Le sujet est aussi climatique. Diverses études citées au niveau européen estiment que les engrais azotés représentent environ 45 % des émissions de GES du secteur agricole. (source : CSF-NSE-Etude-Digestats).

Digestat : une externalité positive du biométhane

La méthanisation ne produit pas seulement une énergie renouvelable : elle restitue aussi aux sols, via le digestat, de l’azote, du phosphore et du potassium issus de matières organiques locales.

Or, les sols européens s’appauvrissent en carbone organique : le Joint Research Centre (JRC) estime qu’environ 70 Mt de carbone ont été perdues des sols arables (UE + Royaume-Uni) entre 2009 et 2018.

Les fertilisants organiques issus de biomasse recyclée — comme le digestat — contribuent à reconstituer ces réserves, améliorer la structure des sols et leur capacité de rétention d’eau, tout en bouclant le cycle des nutriments.

Dans sa feuille de route « Vision pour l’agriculture et l’alimentation » (février 2025), la Commission européenne cite les nutriments recyclés, tels que RENURE et le digestat après traitement approprié, comme leviers de résilience et de réduction de dépendance aux importations.

La Commission européenne reconnaît l’intérêt de la digestion anaérobie pour recycler efficacement les nutriments des déchets organiques et favoriser le remplacement partiel des engrais minéraux.

Découvrez nos références en méthanisation

Notre équipe de 6 référents agronomes accompagne chaque projet dès l’amont, construit des partenariats durables avec les agriculteurs autour des futures unités, sécurise les schémas de retour au sol et maximise la valeur agronomique dans la durée.

Nos références

Un cadre réglementaire en consolidation

Le digestat est un coproduit “utile” : il matérialise une logique d’économie circulaire où la valorisation énergétique s’accompagne d’un retour au sol des nutriments, dans un cadre strict. (source : CSF-NSE-Etude-Digestats)

Le cadre réglementaire du digestat s’est renforcé : règlement européen sur les fertilisants (2019/1009), exigences sur les intrants, conditions de mise sur le marché, plan d’épandage. Cette architecture existe ; elle montre que la filière avance vers un digestat pensé comme produit encadré et traçable. Pour que cette dynamique prenne pleinement sa dimension stratégique, plusieurs conditions doivent être réunies.

Sortir du statut de déchet : un levier clé pour passer à l’échelle

D’abord, reconnaître pleinement le digestat comme un fertilisant, et non comme un déchet. Concrètement, cela signifie accélérer la sortie du statut de déchet via les voies prévues (règlement UE, dispositifs nationaux) afin de créer un marché plus fluide, favoriser la valorisation économique et sécuriser l’usage agricole.

Cette clarification facilite aussi la traçabilité, la standardisation et la démonstration de performance environnementale — des éléments attendus par les utilisateurs et les financeurs.

PPE 3 : un co-bénéfice déjà reconnu… à rendre mesurable

La PPE 3 reconnaît déjà que le développement du biométhane (cultures intermédiaires, effluents d’élevage) peut améliorer la gestion de l’azote et réduire le recours aux engrais minéraux de synthèse. Pour rendre ce bénéfice pleinement pilotable, il serait utile d’y adosser des indicateurs de suivi — par exemple des volumes de nutriments recyclés/digestat valorisés et des équivalents d’engrais minéraux substitués — en articulation avec les politiques agricoles et climatiques.

En savoir plus sur notre approche économie circulaire : Regener : nos services agronomiques

Collecte des biodéchets : la condition amont de la circularité

Enfin, accélérer la collecte séparée des biodéchets — obligatoire depuis le 1er janvier 2024 — est indispensable. Sans mobilisation effective de ces flux, nous nous privons d’un levier majeur de circularité et d’autonomie territoriale. (source : CSF-NSE-Etude-Digestats)

Conclusion

Réduire notre dépendance aux engrais importés ne signifie pas opposer les modèles. Cela signifie sécuriser une part des intrants, stabiliser les coûts pour les exploitations et réduire l’empreinte carbone. Le digestat n’est pas la réponse unique. Mais il est une réponse immédiatement mobilisable — et un choix stratégique de résilience.

Le biométhane n’est pas seulement une énergie renouvelable locale, stockable et pilotable. Il est une infrastructure agricole : il reconnecte la ville et la campagne, transforme des déchets en ressources et renforce l’autonomie de nos territoires. Dans un monde instable, la souveraineté alimentaire ne se décrète pas. Elle se construit à partir des sols. Et la méthanisation y contribue.