Au port de Bordeaux, les déchets organiques deviennent une ressource énergétique et agricole

Mis en service début janvier, le site CVE Port de Bordeaux valorise les déchets organiques du territoire en biométhane et en fertilisant issu de la méthanisation.

Implanté au cœur du Grand Port Maritime de Bordeaux et à seulement 10 kilomètres de la métropole, il contribue à la décarbonation locale tout en structurant une filière d’économie circulaire. Alors que la France demeure fortement dépendante des importations d’engrais azotés et que les tensions sur le coût des intrants agricoles persistent, le site illustre une autre voie : celle d’une boucle courte, dans laquelle les déchets organiques issus de nos assiettes retournent au champ pour nourrir les sols.

Un site pionnier pour le port et la métropole bordelaise

L’unité CVE Port de Bordeaux répond à un double enjeu : offrir une solution locale de traitement des déchets organiques du territoire de la métropole bordelaise et contribuer à la décarbonation d’un port en pleine mutation. Implanté sur un terrain de 2,8 hectares mis à disposition par le Grand Port Maritime de Bordeaux, le site représente un investissement total de 23,8 millions d’euros.

Avec une capacité de traitement de 25 000 tonnes de matières organiques par an, dont 8 000 tonnes de biodéchets, l’unité produit 32 GWh de biométhane par an, soit l’équivalent de la consommation annuelle de gaz de 2 600 foyers moyens pour le chauffage. Environ 30 % de ses approvisionnements en déchets organiques proviennent directement des activités portuaires.

Le site contribue à réduire de 50 % les émissions de gaz à effet de serre du port. Il génère par ailleurs 10 emplois non délocalisables sur le site.

« En mettant à disposition un foncier stratégique, le Grand Port Maritime de Bordeaux facilite l’émergence d’une économie circulaire sur son territoire, tout en renforçant son attractivité auprès des industriels en leur permettant de réduire leur empreinte environnementale », précise Laurent Larpin, responsable du développement CVE Biogaz pour la région Sud-Ouest.

Une boucle locale : collecte, déconditionnement, méthanisation, retour au sol

Les matières organiques, collectées dans un rayon moyen de 20 à 25 kilomètres, sont réceptionnées dans un bâtiment fermé équipé d’un système de traitement de l’air.

Le site se distingue par son déconditionneur directement intégré à l’unité, qui permet de séparer les déchets organiques de leurs emballages avant traitement. Cet équipement rend possible la valorisation d’invendus alimentaires encore emballés ou de flux issus de la grande distribution, tout en limitant le risque de contamination du biogaz et du fertilisant organique.

Les matières organiques collectées et déconditionnées sont ensuite préparées puis introduites dans les digesteurs, où l’action de micro-organismes permet de produire du biogaz. Après épuration, ce biogaz devient du biométhane, injectable dans le réseau local et aux propriétés identiques à celles du gaz naturel.

En parallèle, la matière résiduelle est valorisée sous forme d’engrais organique naturel. Chaque année, environ 900 hectares de terres agricoles en Gironde en bénéficient, grâce à des partenariats avec une vingtaine d’agriculteurs locaux.

Un projet territorial structurant

Le projet naît en 2019, à la suite d’un appel à manifestation d’intérêt lancé par le Grand Port Maritime de Bordeaux dans le cadre de son programme Port à Énergie et à Économie Positives (PEEPOS). L’objectif : structurer une filière locale de valorisation des matières organiques. CVE est retenu pour concevoir et développer l’unité, dont le permis de construire est obtenu en 2022.

Après trois années de travaux, complétées par une phase d’adaptation liée à la localisation en zone inondable en bord de Garonne, l’installation est aujourd’hui en exploitation, à la jonction des communes de Bassens et d’Ambarès-et-Lagrave, toutes deux partenaires du projet.

Située à seulement 10 kilomètres de Bordeaux, l’unité permet de limiter les distances de transport et de traiter les biodéchets au plus près de leur production, qu’ils proviennent de la restauration, des cantines, de la grande distribution ou des industries agroalimentaires locales.

« Ce que nous démontrons ici, c’est qu’à l’échelle d’un territoire, les biodéchets peuvent rester une ressource de proximité : ils sont collectés localement, méthanisés localement, puis retournent au champ sous forme de fertilisant organique naturel. Cette boucle courte permet de relier dans un même mouvement gestion des déchets, production d’énergie renouvelable et valorisation agronomique. Elle illustre pleinement le cercle vertueux que nous cherchons à structurer au plus près des besoins du territoire, au service à la fois de l’énergie, de l’agriculture et de l’économie circulaire » souligne Arnaud Bossis, directeur général de CVE Biogaz.

Chiffres clés de l’unité

  • Capacité de traitement : 25 000 tonnes de matières organiques par an
  • Production : 32 GWh de biométhane par an (équivalent à 2 600 foyers moyens chauffés)
  • Approvisionnements : 30% des déchets organiques liés aux activités du port
  • Agriculture : 900 hectares fertilisés chaque année
  • Emploi : 10 emplois non délocalisables
  • Soutiens publics : 2,7 M€ de FEDER et 1,18 M€ de l’ADEME via France Relance